vendredi 8 avril 2011

Pour une révolution énergétique, maintenant !

Greenpeace et le Centre Aérospatial allemand ont développé un scénario (disponible à cette adresse http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/revolution-energetique-2010.pdf) afin de sortir de notre société énergivore.  
Ce rapport montre qu’il est possible d’ici 2050 de réduire nos émissions de CO2 d’au moins 70% par rapport aux niveaux de 1990. Le but est aussi de montrer qu’on peut éliminer progressivement et définitivement l’énergie nucléaire.
Cela passe bien évidemment par une combinaison d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Bref, c’est du tout benef, puisque cela permettrait à l’Europe et à sa population d’acquérir une véritable indépendance énergétique sans être prisonnier des fluctuations du marché de l’énergie.

On peut arriver à l’échelle d’un pays à une consommation 4 à 10 fois plus basse qu’aujourd’hui en faisant des trucs tout bêtes comme améliorer l’isolation thermique et l’architecture de nos bâtiments, remplacer nos vieux chauffages électriques par des systèmes fonctionnant avec le renouvelable, fabriquer des véhicules moins gourmands en énergie. On peut aussi empêcher les pertes d’énergies lorsqu’on convertie et transmet cette énergie. 

Comment ? En décentralisant les réseaux électriques et en étendant l’utilisation de la cogénération (qui produit simultanément chaleur et électricité en utilisant un seul et même carburant dans une installation se trouvant au plus près des consommateurs, le tout minimisant les pertes en recouvrant la chaleur qui serait normalement perdue dans un générateur électrique et en économisant également le carburant qui pourra être réutilisé).
Les systèmes de chauffages et de refroidissements capables d’utiliser la cogénération sont les collecteurs solaires (solaire thermique), la biomasse, le biogaz, et l’énergie géothermique qui pourront se substituer à terme aux systèmes de chauffages et de refroidissements à base d’énergies fossiles.

Par rapport à la gestion de notre réseau électrique européen, il y a également beaucoup d’efforts à faire car plus de la moitié des centrales électriques dans l’Union Européenne ont plus de 20 ans ! C’est pour cela qu’il faut réfléchir dès maintenant à ce que nous allons faire pour renouveler ce gigantesque chantier. Et la seule solution pour ne pas aggraver l’emballement climatique demeure le renouvelable et l’abandon progressif du nucléaire d’ici 2050qui est une fausse solution contre le dérèglement climatique.

Mis à part le risque d’accident nucléaire comme à Tchernobyl ou actuellement à Fukushima, le problème éternel du recyclage des déchets nucléaires, la possibilité d’un attentat terroriste contre au moins une centrale, l’utilisation hypocrite et assez scandaleuse de l’uranium pour perpétuer la prolifération des armes nucléaires (en faisant passer maintenant ces armes pour de l’uranium appauvri pour contourner le fameux traité anti-prolifération), le nucléaire émettra toujours peu de GES par rapport au pétrole et au charbon. Admettons qu’on relance le nucléaire d’ici 2030 à l’échelle mondiale. On multiplierait par 3 le nombre de centrales dans le monde et avec un investissement astronomique de 780 milliards d’Euros….on ne réussirait qu’à réduire de 9% nos émissions de CO2. 

Où se trouve l’efficacité énergétique ? Elle n’existe pas (d’autant plus qu’on épuiserait les réserves mondiales d’uranium dès 2030, vive la soi-disant énergie non-fossile) ! Le souci, c’est qu’aujourd’hui l’industrie nucléaire cannibalise la quasi-totalité des budgets recherche et développement accordés à l’énergie. Du coup, il n’y a quasiment pas de recherche sur les énergies renouvelables alors que ce sont les énergies de demain.

Pour sortir du nucléaire en France (nation par excellence du nucléaire), il est indispensable de mettre un frein aux gaspillages énergétiques (surtout quand on sait que l’enrichissement d’uranium consomme à lui seul la production de 3 réacteurs). Commençons par le réseau électrique… Le transport du courant sur les réseaux électriques provoquent de grosses pertes énergétiques. En fait, le changement des transformateurs électriques les plus énergivores permettrait de fermer un réacteur nucléaire de 1900 MW. Maintenant, venons-en à l’électricité que nous exportons aux autres pays européens (nous sommes d’ailleurs le premier pays exportateur d’électricité en Europe). Il y a 30 ans, un brin chauviniste, nos politiciens ont surévalué la consommation d’électricité à venir lors de la construction de notre parc nucléaire. Du coup, il y a beaucoup trop de réacteurs nucléaires en France et nous exportons tellement que lors des fameux pics de consommation, le réseau surcharge et c’est la panne générale. Réduire les exportations tout en assurant à tout français du courant même en période de pic, permettrait la fermeture de 10 réacteurs nucléaires.
L’éclairage public est également un gisement important d’économies d’énergies. La solution serait d’implanter aux lampes les plus énergivores des ballasts (qui améliorent le rendement des lampes et accélèrent leur allumage), et ajuster l’éclairage aux besoins grâce à l’implantation de régulateurs.

Deuxième fausse bonne idée: le captage et de stockage de CO2.
L’idée de piéger le CO2 et de le stocker sous la mer ou dans la terre peut sembler séduisante à première vue, mais il existe encore beaucoup de problèmes dans cette nouvelle technique. Primo, selon les scientifiques, le procédé ne pourra être au point qu’en 2050 (donc après la bataille contre le réchauffement climatique). Deuxio, cette technologie coûte extrêmement chère. Tertio, cela engendrera de gros impacts sur l’environnement puisque cela nuira à de nombreux écosystèmes situés à proximité des zones de stockage, et cela accélérera l’acidification de nos océans. Donc ce n’est clairement pas une bonne solution puisqu’elle ne fait que perpétuer notre dépendance aux énergies fossiles tout en se donnant bonne conscience afin de continuer à polluer davantage.

Une des solutions de ce rapport intitulé « Révolution énergétique » est de sauver les forêts afin de sauver le climat…car aujourd’hui, près de 20% de nos émissions de GES sont imputables à la destruction des forêts tropicales humides et en particulier des forêts primaires. Il s’agit de la deuxième cause du changement climatique en cours. Véritables poumons de la planète, elles stockent à elles seules la moitié du carbone terrestre. Tous les 2 ans, c’est environ 2 millions d’hectares qui partent en fumée en Amazonie, tout ça pour planter du soja (souvent OGM) et élever du bétail. En Afrique centrale, et notamment dans les forêts du bassin du Congo, l’exploitation illégale du bois risque de libérer 34.4 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2050 si l’on n’arrête pas cette surexploitation.
En Indonésie, le développement accéléré des agrocarburants à base notamment d’huile de palme a déjà détruit 40% de la forêt indonésienne. Sans compter la faune et la flore qui y sont massacrés, les populations autochtones qui y sont chassées. Il faut arrêter cette folie ! Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, lisez le témoignage poignant de la primatologue Emmanuelle Grundmann intitulé « Ces forêts qu’on assassine ».

On pourrait se dire que les agrocarburants sont une alternative intéressante au pétrole, sauf qu'il s'agit encore une fois d'uen fausse bonne idée. Oui car ce sont des carburants issus de produits agricoles qui sont en train de se développer dans de plus en plus de pays émergents notamment au Brésil (avec l’éthanol produit à base de canne à sucre) et en Indonésie (avec l’huile de palme). Le souci, c’est que pour cultiver ces nouveaux carburants, on détruit des pans entiers de forêts. Alors on pourrait se dire, pourquoi pas puisqu’on utiliserait les céréales et des plantes pour à la fois se nourrir et mettre du carburant dans son véhicule. L’autre problème c’est que les champs agricoles servant à la culture des agrocarburants ne sont réservés qu’aux carburants (et empiètent désormais sur les surfaces agricoles réservés jusqu’ici à la nourriture). Donc au final, plus de GES avec la déforestation et moins de nourriture alors que toute la population terrestre ne mange même pas à sa faim. C’est le monde à l’envers ! D’ailleurs, si vous voulez développer cette thématique, n’hésitez pas à lire cet excellent livre de Fabrice Nicolino intitulé « La faim, la bagnole, le blé, et nous »

Au lieu de dépenser inutilement son temps et son énergie à essayer de donner une image plus écolo à des sources d’énergies dangereuses et polluantes, nos politiciens devraient adopter d’urgence des plans d’efficacité énergétique qui feraient d’ailleurs de très bons plans de relance économique en terme de créations d’emplois. Cette ambition est tout à fait réalisable, et c’est pourquoi je crois en l’utilisation d’énergies renouvelables sans nucléaire, sans captation de CO2, et sans agrocarburants. Prenez donc à la révolution énergétique !

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