jeudi 7 avril 2011

Le nucléaire, c'est bon pour les affaires

Avec les récents évènements qui ont frappé le Japon, la France s'est vantée avec tout le chauvinisme qui caractérise notre peuple d'être à la pointe en matière de sûreté et sécurité nucléaire. Dans la réalité, est-ce vraiment le cas ?

C'est pourquoi nous prenons aujourd'hui la direction du Brésil où nous retrouvons notre champion de l'énergie nucléaire Areva. Sur le site d'Angra dos Reis, la multinationale est en train de monter une nouvelle centrale nucléaire avec l'aide des banques françaises et notamment de BNP Paribas. En effet, l'objectif d'Areva est d'exporter son savoir faire énergétique au marché chinois, indien, et brésilien. Jusque là, on peut se dire que tout est normal, mais cela va se compliquer.

Quel rapport y a-t-il entre BNP Paribas et le nucléaire ?
Il faut savoir que la construction d'un réacteur coûte cher (c'est à dire plusieurs milliards d'euros) et certaines banques françaises prêtent de l'argent à ces pays en voie de développement via des garanties d'Etat. Qu'est qu'une garantie d'Etat ?

Le mécanisme est simple : lorsque l'importateur (étranger) risque de ne pas rembourser la facture, l'exportateur qui a souscrit un contrat d'assurance avec l'organisme assureur (la Coface pour la France), le sollicite pour qu'il le paie à la place du client défaillant. Si le montant des indemnisations versées par l'organisme assureur est supérieur au montant des primes d'assurance perçues, il se rembourse, en toute légalité, dans le budget public.
Ce mécanisme intervient lorsque les risques liés aux exportations sont trop importants pour être couverts par le secteur privé (risque monétaire, risque politique). Autrement dit l'objectif de ce système est de transférer le risque qui pèse sur une transaction de l'investisseur privé, à savoir la banque, vers l'État, à savoir le contribuable.

Pour être certain que la Banque soit impliquée dans le projet qu'elle va financer, l'organisme d'assurance-crédit ne peut pas assurer la totalité du projet : en France c'est pourtant 95% du montant prêté par la banque qui sera garanti.
En garantissant 95% du montant du prêt, l'État donne une subvention indirecte aux banques privées pour qu'elles financent l'exportation des technologies nucléaires nationales.
Le système est particulièrement pervers. En effet, comme la banque n'assumera pas les risques financiers de cette opération, elle ne fait pas d'analyse des risques environnementaux liés au projet autre que celle réalisée par l'agence de crédit à l'exportation, largement partie prenante au projet :

Ce mécanisme permet donc à la banque de contourner les règles internationales qui régissent le financement de projet. Ces règles prévoient notamment le recours à un consultant extérieur et indépendant du client pour évaluer les risques environnementaux liés au projet (principes de l'équateur signés par les grandes banques françaises) Ce mécanisme aboutit au financement de projets ne respectant pas les standards internationaux de sûreté en matière nucléaire, un minimum en la matière, projets qui ne pourraient pas voir le jour en Europe.

Autrement dit, les banques occidentales reçoivent de la part des États nucléaires des subventions pour financer aveuglément des projets nucléaires dangereux à l'étranger, leur permettant ainsi d'exporter leurs technologies. Au total, ce sont 175 milliards d'euros qui sont partis dans des projets nucléaires étrangers entre 2000 et 2009. 3 banques françaises sont impliquées dans ce business assez trouble: la BNP Paribas, la Société Générale, et le Crédit Agricole.

A l'étranger, il n'existe pas de niveaux équivalents de sûreté que l'on pourrait comparer aux normes françaises et européennes.

Le début de la construction de ce réacteur au Brésil a débuté en 1984. Mais deux ans plus tard, le chantier fut abandonné car il n'y avait plus assez d'argent pour financer le projet. Mais en 2010, Areva et aux banques françaises reprennent exactement le même projet avec la bénédiction du gouvernement Lula. Ce qui signifie qu'Areva se base sur des plans dont la conception date d'il y a 30 ans accompagné d'un retard sur le plan technologique de 20 ans.

Que font donc les brésiliens ? Il n'y a donc personne pour sonner la sonnette d'alarme ?
Il faut savoir qu'aujourd'hui qu'il n'existe pas d'évaluation de la sureté et des risques de ce projet controversé. Certes, un rapport d'experts de la Commission Nationale de l'Energie Nucléaire (CNEN) a détaillé en 99 points...pourquoi ne pas poursuivre la construction de ce réacteur. Mais la direction de ce service brésilien de sûreté a fait le choix de ne pas prendre en compte les objections de ses experts car la CNEN ne fait pas que contrôler la sûreté de ses centrales. Mais elle exploite également les réacteurs expérimentaux et vend elle-même son minerai d'uranium nécessaire à l'élaboration du combustible nucléaire qui alimentera ses centrales. Ce qui s'apparente de manière flagrante à un grave conflit d'intérêt.

Direction à présent en Inde où Areva construit pour 5 milliards d'euros, deux nouveaux réacteurs nucléaires EPR, à Jaïtapur, dans l’état du Maharastra sur une faille sismique.
La région de Jaïtapur est traversée par trois failles tectoniques. Au cours des 20 dernières années, de nombreux tremblements de terre ont été recensés dans cette zone. Le plus violent, enregistré en 1967 à une centaine de kilomètres de Jaïtapur, affichait une magnitude de 6,5 sur l’échelle de Richter. Entre 1990 et 2000 un séisme d’une magnitude supérieure à 6 sur l’échelle de Richter et deux supérieurs à 5 ont été mesurés dans la région de Jaïtapur.
Sur l’échelle de risque indienne, la zone de Jaïtapur est classée à l’échelon 4 sur 5 avec des séismes pouvant atteindre une magnitude de 7 sur l’échelle de Richter. Jamais une centrale nucléaire n’a encore été exposée à une telle magnitude.


C'est pourquoi la population locale est très clairement opposée à ce projet (10000 personnes se sont rassemblées en décembre dernier pour manifester leur opposition à ce proket). Des dizaines de manifestants ont été arrêtés et emmenés dans des fourgons de police, selon l’agence Press Trust of India (PTI) et parmi les personnes interpellées, figurent des leaders de la contestation du projet. La manifestation rassemblait des pêcheurs et des paysans accompagnés de leurs familles, qui devront déménager pour laisser la place à la construction des réacteurs. Les villageois ont d'ailleurs refusé les compensations financières versées pour le rachat forcé de leurs terres.
Ces habitants craignent à juste titre de voir leur pêche contaminée et de perdre leurs terres agricoles. L’assurance des autorités selon laquelle le projet devrait transformer l’économie locale et créer de nouveaux emplois a été accueillie avec beaucoup de scepticisme parmi la population locale.

Sur les aspects dangereux du projet, la BNP se veut bien entendu rassurante : elle assure être en mesure de faire pression pour faire progresser les critères de sureté en Inde, en conditionnant l’attribution du prêt à une progression sur certains aspects et notamment la sûreté et la sécurité du projet, conditionnalité qui là encore ne sera pas diffusée au grand public.
En résumé la BNP assure faire des études indépendantes qu’elle prendra en compte mais dont les résultats ne pourront être communiqués, elle assure aussi avoir une marge de manœuvre et pouvoir faire progresser la sécurité du projet mais là encore il faut les croire sur parole. Et l'argument sorti sur la sûreté de nos centrales après ce qui s'est passé au Japon ne tient même plus à un fil lorsqu'on voit ce qui se prépare au Brésil et en Inde.

Pour plus d'informations, consultez ces deux sites très bien documentés:

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