jeudi 31 mars 2011

Opération Aube de l'Odyssée

Enfin une victoire éclatante de la France dans la diplomatie internationale. En effet, c’est grâce à la pugnacité de notre président de la République, que les pays développés du monde entier apportent un soutien logistique militaire aux insurgés libyens qui résistent tant bien que mal aux bombardements de l’armée du terrible colonel Kadhafi. Il aura quand même fallu quelques semaines à ces pays pour décider d’intervenir militairement pour aider ces civils. Mais même après le massacre de milliers de civils par l’armée du colonel au beau visage momifié par le lifting, mieux vaut tard que jamais comme on dit. C’est comme une nouvelle victoire des Bleus ayant gagné pour la seconde fois la coupe du monde. On attendait tellement que l’on n’espérait plus rien. Et après des années de disette, de courbettes face aux dictatures, la récompense suprême. 

J’imagine sans le voir ces milliers de français qui se sont rassemblés devant le palais de l’Elysée, le quai d’Orsay, et Matignon pour chanter toute la nuit les louanges d’une telle décision. Même les Champs Elysées n’ont pas échappé à la règle et se sont retrouvés en l’espace de quelques instants noirs de monde. Comment ? Ah d’accord, autant pour moi, les gens ne sont pas allés fêter cette victoire dans la rue. Dommage parce que je pense qu’il n’y aura pas beaucoup d’occasion à l’avenir de fêter la moindre victoire. Oui je sais, on est défaitiste nous les français mais à force d’accumuler défaite sur défaite, même les plus grandes victoires paraissent inaperçues. Faut nous comprendre, on n’est pas habitué à avoir un tel rayonnement à travers le monde.

En même temps, on avait déjà fait la bourde de ne pas intervenir contre les dictatures tunisiennes et égyptiennes, alors on se devait de diriger la coalition en tant que nation des droits de l’homme (et faire style que la présidence française du G20 serve au moins à quelque chose). Mais tout cela n’a été possible que par l’intervention de notre nouveau ministre des affaires étrangères le très souriant Alain Juppé. Alors qu’un autre ministre aurait proposé au régime libyen le savoir-faire français en matière de matage des rébellions, notre ministre bien-aimé a lui décidé de s’opposer à la dictature. Après avoir accueilli avec faste le colonel qui voulait le même visage que Michael Jackson, et après avoir bien évidemment installé sa tente dans les jardins du palais présidentiel (ce qui est la moindre des choses), après tout ce cirque organisé pour vendre au dictateur libyen notre technologie militaire et nucléaire, le retournement de veste est spectaculaire. Mais seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Puis du moment que l’autre a claqué bêtement son fric sans garantie de livraison… 

Bref ce qui est assez caustique pour le coup, c’est que notre armée se bat avec les mêmes armes que l’armée de Kadhafi. Et oui, nous étions le premier fournisseur en armement de la Libye, ce qui fait de nous des spécialistes de premier plan pour savoir comment battre son armée de mercenaires. Le seul regret du gouvernement reste encore aujourd’hui de ne pas avoir réussi à vendre au colonel un porte-avion de type Charles-de-Gaulle. Vu l’efficacité redoutable de cet engin de dissuasion (surtout quand il s’agit de perdre des pièces essentielles en pleine mer comme l’hélice de propulsion par exemple), la guerre serait déjà terminée à l’heure où je vous parle. Mais on ne refait pas le passé.

Non, mais on était obligé d’agir parce qu’on se sentait vraiment mal à l’aise par rapport à notre responsabilité morale. Je suis sûr qu’encore aujourd’hui, des ministres sont sous Prozac et Lexomyl, pour tenir le choc. Je crois même qu’une cellule psychologique s’est ouverte dans les jardins du palais présidentiel (là où se trouvait la fameuse tente, hasard de la thérapie) afin d’arriver à surmonter le poids d’une telle responsabilité dans le massacre de tant de personnes. Faut dire qu’ils en bavent les pauvres membres du gouvernement. L’opposition s’opposent à eux, leur retraite est de plus en plus élevée et donc difficile à assumer face au Français, ils ont des frais de déplacement, de nourriture, de représentation gratuits. Puis pas une semaine tranquille à glander pépère, non il en faut toujours un pour sortir une bourde plus grosse que lui, et cela malgré les multiples remaniements présidentiels.

C’est dur d’être le chef et le représentant officiel de la diplomatie française. On doit se tenir droit sans bouger des épaules, sourire tout en ayant l’air naturel et sans rire d’un air moqueur, parler calmement avec courtoisie, savoir également s’exprimer correctement en anglais est un plus non négligeable en déplacement international (heureusement qu’il y a toujours des traducteurs à nos côtés). Il est loin ce temps ou le candidat Sarkozy fraichement élu lançait un appel à tous ceux qui dans le monde croient aux valeurs de tolérance, de liberté, de démocratie, d’humanisme, à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et par les dictatures, à tous les enfants et toutes les femmes martyrisés dans le monde pour leur dire que la France sera à leurs côtés, et qu’ils peuvent compter sur elle. 

Depuis, la diplomatie française en a pris un coup avec les courbettes faites à Moubarak, Ben Ali, Bouteflika, Hu Jintao, Vladimir Poutine, Omar Bongo, Bachar El Assad. Sans compter les textos envoyés alors qu’il était en plein dialogue avec ses homologues étrangers, un stylo Mont-Blanc chapardé lors de la signature d’un contrat avec la Roumanie, l’affaire Joyandet et MAM, la fameuse petite phrase du discours de Dakar sur l’homme africain qui ne serait pas rentré dans l’histoire, le fiasco de l’amitié franco-allemande qui vire à la rock’n roll attitude, l’affaire Florence Cassez qui provoque la fureur de Mexico qui y voit une ingérence française, l’affaire Boris Boillon qui réussi l’exploit d’insulter dès sa prise de fonction les journalistes tunisiens. On attend la suite pour voir jusqu’où le prestige diplomatique pourrait descendre (peut-être en embrassant de force sur la bouche la chancelière allemande, ou faire un strip tease en plein sommet international pourquoi pas). Ah si, appeler l’opération militaire contre le régime totalitaire libyen « Aube de l’Odyssée » et parler de croisade, ca donne à cette intervention légitime un petit parfum biblique et injuste d’ingérence. Mais au moins la volonté d’agir y est, on ne peut pas le nier pour une fois.

Peut-être qu’à l’avenir devrions-nous arrêter de soutenir et financer des régimes totalitaires qui oppriment leur peuple, en ayant comme seule raison l’excuse de la rentabilité économique et le rempart contre l’intégrisme. Mais qu’est ce que la dictature si ce n’est une forme parmi d’autres d’intégrisme ? Peut-être que certains de nos politiciens devraient un peu moins applaudir les nouvelles démocraties à venir (pour lesquelles nous n’avons joué aucun rôle) et considérer la Chine, Cuba, ou même la Russie et le Venezuela comme des formes plus perverses de dictature mais tout aussi condamnables.
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire