mardi 15 février 2011

Cap sur 2012

Il y a peu, sur la scène politique française, les grandes manoeuvres pour les présidentielles de 2012 ont débuté. De tout ce micmac politique et médiatique se dégage deux duels: Nicolas Sarkozy/Dominique Strauss-Kahn  et Jean-Luc Mélenchon/Marine Le Pen.

Le premier duel NS versus DSK a eu lieu fin de la semaine dernière lorsqu'a été publié les derniers sondages des personnalités préférées des Français pour les prochaines élections présidentielles. Et Dominique Strauss-Kahn, actuel président du Fonds Monétaire International  jusqu'ici grand favori des sondages est retombé de son piédestal. Le souci, c'est qu'il doit démissionner du FMI avant la fin de son mandat s'il veut se présenter aux primaires du Parti Socialiste afin d'être candidat. D'où le flou qui entoure sa candidature pour les présidentielles, son hésitation a continuer son rôle au sein du FMI.... Du coup, à gauche, c'est la panique (quand ils ne se tapent pas dessus).
Mais, sa femme, Anne Sinclair, est alors intervenue en disant au journal Le Point ceci: "Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas qu'il fasse un second mandat". Malgré le célèbre "droit de réserve" du président du FMI, si ca ce n'est pas une déclaration de candidature déguisée pour les présidentielles.... Ca peut rester flou pour beaucoup d'entre nous, mais en tout cas, dans le camp d'en face, le message est très bien passé. En effet, François Baroin porte-parole du gouvernement a déclaré devant un parterre de journalistes: "Pour l'image de la France, Dominique Strauss-Kahn doit aller au bout de son mandat".
Il est intéressant ici de faire le parallèle entre Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy parce que les deux ne sont pas officiellement candidats mais entretiennent le mystère sur leur future candidature. On peut se demander, mais quel rapport y a-t-il entre le gouvernement et le président du FMI ? Réponse: le parti présidentiel a déterminé que ce serait DSK le candidat du PS et qu'il est nécessaire de l'attaquer car il est selon Nicolas Sarkozy l'adversaire potentiel le plus dangereux (alors qu'il n'a encore rien dit et qu'au PS tout le monde se tape dessus, c'est cela qui est assez marrant).
Dans des temps de difficulté économiques, à l'heure où il faudrait un peu se bouger pour faire des réformes nécessaires, il est quand même fascinant et même regrettable que le souci actuel de l'Elysée soit la candidature ou non du président du FMI aux présidentielles de 2012. Et puis plutôt sympa cette réflexion pour le président de la République Nicolas Sarkozy. Ça voudrait dire qu'être président du FMI a une meilleure image mondiale que celle de chef de l'État français ? Donc, c'est ça, en gros être président de la France, avoir la plus haute fonction de son pays natal, c'est presque de la merde. On comprend mieux les difficultés croissantes de Nicolas Sarkozy à s'imposer sur la scène internationale.... mais aussi dans l'opinion publique et c'est pourquoi nombre de Français ne savent même plus qui choisir entre la gauche et la droite (et quand on pense qu'au PS, il n'y a que François Hollande pour proposer des idées et bâtir un programme...).

Le deuxième duel a eu lieu ce lundi, jour de St Valentin (tout un symbole), lors d'un débat sur la chaine télévisée BFMTV, entre Jean-Luc Mélenchon (le candidat du Front de Gauche pour les présidentielles) et Marine Le Pen (chef de file et candidate du FN). Le parallèle est ici aussi intéressant car les deux candidats se ressemblent plus qu'ils ne s'opposent. Les deux sont pour la défense des travailleurs et ouvriers français, et contre l'establishment des politiciens et patrons du CAC40. Ils entretiennent une image populiste et polémiste, ont une aversion certaine contre les journalistes, ont toujours l'air mécontents et en colère. Front de Gauche et Front national, sortons les sortants, disons tout haut ce que tout le monde pense tout bas.... Que des différences vous dites ?
Le sujet de l'Europe révèle toutefois quelques divergences entre les deux candidats. L'une est pour la sortie de l'Europe, de l'Euro, et un retour au Franc. L'autre veut réformer en profondeur le fonctionnement des institutions européennes qui seraient gangrénées par l'impérialisme américain et le grand patronat.
Là où ils s'opposent, c'est sur le débat de l'immigration: l'un dit que l'immigration enrichit plus la France qu'elle ne l'appauvrit, l'autre dit le contraire. Le sujet ici n'est pas de démontrer qui a raison ou qui a tort parce que de toute façon c'est une bataille de chiffres et de rapports barbants. De toute manière c'est un débat sans fin où les gens râlent, s'indignent même, mais ca ne reste que des paroles en l'air et non pas des actes. Et puis de toute façon, à force, le citoyen n'écoute même plus parce que ca fait des années qu'on lui sert en entrée, en plat, et en dessert les mêmes arguments basés sur les mêmes chiffres.

Je pense que les Français en ont plus que marre qu'on les embarque dans des sujets qui ne font que diviser les gens et aviver les tensions. Que ce soit d'un côté comme de l'autre, c'est toujours facile de mettre tout le monde dans le même sac, de se permettre de juger que tel ou tel groupe de personnes est responsable des pires atrocités, de décréter que tout le monde est pourri. Tout ça, ce ne sont que des polémiques jetées aux quatre vents pour masquer l'inactivité du pouvoir politique sur certains sujets. Voilà la vérité ! Après, si de plus en plus de Français ne savent même plus faire la distinction actuellement entre la gauche et la droite, et ne savent même plus pour qui voter, il ne faut pas s'étonner (sans compter tout ceux qui vont s'abstenir). On perd l'électeur et le citoyen pour mieux le manipuler. Ce qui a changé par rapport à avant, c'est que de plus en plus de gens sont informés et refusent de devenir les moutons de certains. Ce qui émerge aujourd'hui, c'est plus qu'une conscience citoyenne ou même qu'une indignation (clin d'oeil à Stéphane Hessel et à son livre): c'est une indépendance d'esprit ! Appelez cela révolution spirituelle ou comme vous voulez. Mais un vent de révolution souffle sur le monde. Et c'est pour cela qu'on peut avoir foi en l'avenir.

Voilà ce que dit Peter Sloterdijk, philosophe allemand sur ce nouvel élan d'engagement citoyen qui est en train de naître:

"Et tout à coup il est de nouveau là, sur scène, le citoyen sûr de lui, informé, réfléchi et désireux de prendre part aux décisions, et quel qu’il soit, homme ou femme, il porte plainte devant le tribunal de l’opinion publique contre le fait que ses préoccupations et ses idées ne sont pas représentées dans le système politique actuel. 
 Il est de nouveau là, le citoyen toujours apte à se révolter, parce que, malgré tous les efforts qui ont été déployés pour le réduire à un fatras libidinal, il a conservé son sens de l’affirmation de soi et il manifeste ces qualités en portant sa dissidence sur la place publique. LE CITOYEN TURBULENT REFUSE D'AVALER TOUT CE QU'ON LUI SERT EN POLITIQUE

Aujourd’hui, d’innombrables citoyens voient des raisons de s’élever contre la morgue de leurs dirigeants. Même si cette morgue est devenue anonyme et si elle se cache derrière des systèmes soumis à une contrainte extérieure, de temps à autre les citoyens, en particulier en tant que contribuables et destinataires de discours creux à visée électoraliste, voient néanmoins assez ­clairement à quel jeu on joue avec eux.

Mais pourquoi diable les gens ne peuvent-ils pas rester tranquillement à la place qu’on leur a assignée ? Pourquoi ne peut-on plus compter sur leur léthargie, essentielle pour le système ? Dans une démocratie représentative, les citoyens servent en premier lieu de fournisseurs de légitimité aux gouvernements. C’est pour cette raison que, à intervalles espacés, ils sont invités à exercer leur droit de vote. En revanche, entre les scrutins, c’est avant tout par leur passivité qu’ils peuvent se rendre utiles ; leur tâche principale consiste à exprimer par leur silence leur confiance envers le système. 

Mais les experts n’osent encore émettre ce dur diagnostic : la politique de dépolitisation du peuple est en passe d’échouer. En conséquence, les démocraties modernes n’ont plus que deux issues possibles, l’une menant à la ruine économique, l’autre ayant des conséquences psychopolitiques imprévisibles : l’exclusion des citoyens par l’octroi de primes destinées à les faire se tenir tranquilles, et leur engourdissement par la résignation. Les manières de parvenir à la résignation ne sont pas non plus un mystère. En apparence, la résignation ressemble à la satisfaction d’un peuple qui se sent bien gouverné. Mais elle s’en distingue par l’atmosphère de grogne impuissante qui con­sidère, au fond, que “ceux d’en haut” sont tous les mêmes. C’est dans un tel climat que la partici­pation aux élections peut chuter au-dessous de 50 % sans que la classe politique y voie la moindre raison de s’affoler. Exclure les citoyens par la résignation, c’est jouer avec le feu, car à tout moment la résignation peut se transformer en son contraire, la révolte ouverte et la colère manifeste. Et, une fois que la colère se fixe sur un thème, il n’est pas facile de l’en détourner. A cela s’ajoute, du côté de la classe politique, que l’exclusion moderne des citoyens veut se présenter comme une “inclusion”. La dépolitisation des citoyens doit rester associée à une politisation résiduelle minimale pour assurer l’autoreproduction de l’appareil politique.

Depuis le début de la crise financière, en 2008, de nombreux commentateurs soulignent les dangers de la spéculation sur les marchés financiers. Et pourtant rien n’a été dit sur la plus dangereuse des spéculations : ne tirant aucune leçon des crises, la plupart des Etats modernes spéculent sur la passivité de leurs citoyens. Les gouvernements occidentaux parient que les leurs continueront à se rabattre sur le divertissement ; les gouvernements asiatiques parient sur l’éternelle efficacité de la répression ouverte. L’avenir sera déterminé par le résultat de la compétition entre le mode euro-américain et le mode chinois d’exclusion des citoyens. Tous deux reposent sur le principe qu’il serait possible de contourner le devoir de représentation éclairée et d’ignorer dans l’action politique le savoir et la volonté des citoyens, et ce en continuant à compter sur une forte passivité citoyenne. Jusque-là, tout a étonnamment bien marché. Même en ce mois de décembre fatidique de l’année 2009, après l’échec du sommet de Copenhague sur le climat, les citoyens européens ont préféré s’affairer à leurs achats de Noël plutôt que s’occuper de politique. Ils ont préféré rentrer chez eux les bras chargés de paquets plutôt que d’infliger, symboliquement du moins, le supplice – mérité – du goudron et des plumes à leurs “représentants” revenus les mains vides du Danemark.

Nul besoin d’être devin pour savoir ceci : ces bulles spéculatives éclateront tôt ou tard, parce que, à l’ère de la civilisation numérique, aucun gouvernement au monde n’est à l’abri de la révolte de ses citoyens. Et, lorsque la colère accomplit son œuvre, de nouvelles formes de ­participation politique voient le jour"


Je crois que c'est clair et qu'il n'y a rien à rajouter. Place à l'action !

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