mercredi 16 février 2011

Addicts aux pétroles non-conventionnels



Aujourd'hui, nous sommes tous addicts au pétrole que cela soit pour le carburant ou des produits de grande consommation qui utilisent cette énergie. 
Le pétrole est loin d’être une énergie propre et d’avenir (et il existe de trop nombreux exemples de catastrophes liées à cette énergie qui a entrainé des dommages sociaux et environnementaux). D’ailleurs, selon un rapport scientifique du Potsdam Institute for Climate Impact Research si l’on veut garder la hausse des températures en dessous des deux degrés, moins d’un quart des réserves prouvées en fossiles (pétrole, gaz et charbon) peuvent être utilisées d’ici à 2050.
Nous sommes arrivés aujourd’hui à la croisée des chemins : nos politiciens doivent choisir entre la recherche du pétrole à tout prix ou alors le développement massif des filières renouvelables (seule solution capable d’assurer un avenir certain pour nos descendants).
Mais vu la multiplication des projets d’extraction pétrolière à travers le monde et le poids qu’exercent les lobbies de l’industrie pétrolière sur nos politiciens, on assiste à une véritable fuite en avant. Pendant ce temps, pariant sur un prix du baril du pétrole de plus en plus élevé, les industriels (qui ne font aucune ou si peu de recherche pour trouver des solutions alternatives) continuent à se gaver sur le dos des citoyens de plus en plus dépendants de cette énergie.





L'un des modes d'extraction de cet or noir les plus polluants et destructeurs pour l'environnement est utilisé pour chercher au plus profond de la Terre le pétrole dit "non-conventionnel".
Pour faire simple, il s’agit de l’extraction de pétrole mais dans des gisements difficiles d’accès comme les gisements offshores profonds et très profonds (c’est à dire au-delà de 200 mètres de profondeur), les sables et schistes bitumineux, et les huiles lourdes et extra-lourdes.

Les sables bitumineux
Il s’agit de bitume très visqueux aggloméré à du schiste et du sable, à partir duquel on produit du pétrole. Ils sont exploités dans des mines à ciel ouvert (à l’aide de pelles mécaniques et de camions géants) ou dans des gisements souterrains (forage, chauffer le bitume en injectant vapeur et solvants tout cela en profondeur, mélange de sable avec eau chaude pour le rendre moins visqueux). Tout cela pour dire que l’extraction de ce pétrole est extrêmement polluante, couteuse, et compliquée à réaliser. Les réserves de ces sables bitumineux se trouvent principalement en Amérique du Nord (état de l’Alberta au Canada), mais aussi en Amérique du Sud (Venezuela), et à Madagascar.

D'ailleurs, l’exemple le plus impressionnant se situe au Canada avec ces immenses forêts complètement décimées pour l’extraction de ce pétrole sale laissant place à d’immenses déserts, véritables paysages de fin du monde. Pour se rendre compte de l’ampleur d’une catastrophe, il est nécessaire d’avoir des chiffres précis. 
En effet chaque année, c’est jusqu'à 349 millions de mètres cubes (soit l’alimentation en eau d’une ville de 3 millions d’habitants) d’eau de la rivière Athabasca qui sont détournés par les compagnies pétrolières. 
90 % de l’eau utilisée termine dans d’immenses mares toxiques (solvants, produits chimiques: arsenic, mercure, xylène, benzène...) qui ne peuvent être recyclées, souillant rivières, les sols et probablement les océans à très court terme. 
1,8 milliard de litres de ce liquide toxique sont produits chaque jour et on estime que 11 millions de litres fuient chaque jour dans la rivière d’Athabasca.  Cette pollution est équivalente à 5000 barils de pétrole par an. Et là bas, toute la faune et la flore disparaissent.
Et si ca ne touchait que la faune et la flore… En aval de ces mines et bassins de décantation, on trouve 30% de cancers en plus que la moyenne parmi la population. Il y a même un rapport du gouvernement canadien qui a démontré que les niveaux de produits cancérigènes (arsenic, cadmium, nickel, benzène) dans les bassins de décantation ont augmenté de 30% en 4 ans. Au total, entre 2006 et 2009, l’industrie pétrolière a produit 50000 tonnes de produits dangereux avec la bénédiction du gouvernement canadien.
 
Derrière ce scandale qui dure déjà depuis plusieurs années, on retrouve nombre d’entreprises pétrolières (Exxon, Shell, Chevron, BP, Suncor, Syncrude, Statoil, et notre « champion » Total) peu scrupuleuses qui profitent de l’avarice des politiciens canadiens.
Ce sont en effet 379 milliards de dollars qui vont être investis d’ici 2025 afin de produire 4 millions de barils par jour. L’Etat canadien recevra 68 milliards de dollars par an au cours des 25 prochaines années. Et d’un point de vue économique, c’est complètement aberrant puisque le coût d’extraction des sables bitumineux est extrêmement élevé (de 20 à 50 dollars le baril soit 20 fois plus que le pétrole conventionnel). Pour que cela soit viable économiquement parlant, il faudra maintenir le prix du baril entre 70 et 100 dollars.
Mais l'extraction du pétrole des sables bitumineux reste aussi une aberration énergétique et climatique puisque pour produire un baril de pétrole bitumineux, il faut 5 barils d’eau, 2 tonnes de sable, et ½ baril de gaz. De plus l’extraction d’un baril de sables bitumineux émet jusqu’à 5 fois plus de GES qu’un baril de pétrole conventionnel. La déforestation liée à l’exploitation de ces sables a fait disparaître 3000 km2 de forêt.

Les schistes bitumineux
Les schistes bitumineux sont contenus dans des couches épaisses d’argile dans lesquelles se trouvent des fines intercalations faites de sable enfermant le pétrole dans ses pores. Pour aller extraire ce pétrole, il faut forer jusqu’à plus de 2000 mètres de profondeur en fissurant la roche dans lequel le pétrole est emprisonné en injectant de l’eau à très haute pression et des produits chimiques. Bref, énormément d’énergie gaspillée sans compter les risques de pollution des nappes phréatiques. 5 unités d’eau sont en effet nécessaires pour la production d’une seule unité de pétrole issue des schistes. Des produits chimiques sont également injectés dans les puits et diffusés sous haute pression pour fissurer la roche sous-terraine. En cas de fuite ces produits chimiques peuvent s’infiltrer notamment dans les nappes phréatiques souterraines. 
L’extraction des schistes bitumineux a pour conséquence l’émission de plusieurs polluants comme les oxydes de souffre, oxydes d’azote, des particules, ou encore du monoxyde de carbone. D'un point de vue économique, le coût d’extraction des schistes bitumineux peut varier entre 52 et 113 dollars le baril contre 6 et 39 pour le pétrole conventionnel. Cela nécessite le maintien d’un prix du baril élevé.

On pourrait croire que nous sommes épargnés par l’extraction pétrolière en France, mais ce n’est pas du tout car les schistes bitumineux sont présents en Ile de France, en Picardie, et en Champagne-Ardenne (les ressources sont évaluées à environ 65 milliards de barils). On trouve des entreprises comme Vermilion (compagnie canadienne) qui est le premier producteur de pétrole en France, mais aussi Hess Oil France et Toreador resources Corporation (le hasard veut que le vice-président de Toreador n’est autre que Julien Balkany, le demi-frère du célèbre député-maire de Levallois-Perret ami proche de Nicolas Sarkozy). Toreador procédera début 2011 à 6 forages dans le bassin parisien sachant que 8 autres sont sur le point d’être délivrés et qu’une trentaine de projets sont à l’étude.

Le débat sur le pétrole est ambitieux car il nous oblige, nous les humains, à nous interroger sur notre mode de consommation, notre mode de vie, et tout ce que l’on pourrait faire pour vivre mieux mais avec moins de besoins (et donc réfléchir à ce qui nous rendrait heureux mais de manière humaine et universelle). C’est toute une mentalité qu’il faut changer si nous ne voulons pas subir les foudres du dérèglement climatique que nous avons engendré. Le pétrole devient plus rare, plus polluant, plus risqué, plus cher. Qu’on le veuille ou non, nous devrons changer pour arriver à bâtir une société beaucoup plus respectueuse des individus et de notre planète. C’est un fait et nous sommes à l’aube de grands changements. A vous de voir, si vous voulez que cela soit en bien ou en mal.

Une carte des projets fous de l'industrie pétrolière dans le monde ICI

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